mardi 5 juin 2012

Un meurtre en 1710

Registres paroissiaux de Harol / AD88

L'an de grâce 1710  le 22 d'aoust on a trouvé un homme
assassiné et egorgé dans la maison de nicolas thomas de longeroys
qui l'avoit logé pour l'amour de Dieu avec un autre qui estoit
l'assassin. La justice ayant donné main levée du corps il a esté
enterré le 23 du meme mois au cimetière de Haro avec les
cérémonies accoutumées, ce jeune homme se disoit du coté de St-Loup.

Un meurtre a donc été commis à Harol en 1710. C'est un petit village à 20km d'Epinal, dans la plaine vosgienne. Longeroye est le hameau principal du village, avec La Rue. Aujourd'hui, les 2 hameaux sont collés. Aucun habitant du village n'est impliqué dans ce meurtre, il s'agit sans doute d'une dispute entre 2 étrangers venant de Saint-Loup (Saint-Loup-sur-Semouse, dans la Haute-Saône voisine). Il doit surement exister jugement ou un procès dans les Archives Départementales des Vosges. Si quelqu'un y va un jour... ce serait intéressant de connaître les raisons de ce meurtre sauvage (le pauvre a été égorgé!)


lundi 28 mai 2012

Un seigneur assassin


Comme le disait La Bruyère au XVIIème siècle, nous descendons tous d'un roi et d'un pendu. Pour l'instant, personnellement, je n'ai trouvé ni roi, ni pendu. Mais il arrive que dans certains cas, à plus petite échelle, les deux se retrouvent dans la même personne...

Entrée Renaissance du Palais ducal / ©loujassie2

Imaginons. Nancy, en 1626. C'est le mois de mars, en Lorraine, le temps est encore frais et on continue de chauffer le grand Palais ducal. Le nouveau Duc Charles IV s'y est installé quelques mois plus tôt seulement, après quelques péripéties dues à la succession de l'ancien duc.

Ce matin là, c'est une femme qui se présente devant Charles IV. Ce n'est pas une femme du bas peuple. Ses mains trahissent sa condition: elles ne sont pas habituées aux durs travaux des champs. Ce n'est pas une jeune femme, sans être pour autant déjà âgé. Elle pleure. Aux genoux du jeune Duc, elle le supplie. Elle s'appelle Catherine LALLEMANT, et elle vient au nom de son mari, Nicolas GODEL, qui est le Tabellion Général de Lorraine.

Charles IV de Lorraine, Duc de 1625 à 1675

Catherine vient demander à Charles IV une lettre de rémission, pour pardonner son époux. En effet, celui-ci, depuis un an, s'est enfui du Duché et s'est réfugié en Franche-Comté voisine, alors espagnole. Il faut dire que le couple vit à Ramonchamp, dans les Vosges, à l'extrême-sud de la Lorraine, et que Nicolas GODEL n'a eu qu'à enjamber la frontière pour s'enfuit du territoire lorrain. Mais pourquoi donc?

L'histoire remonte à l'année précédente. En août 1625, Nicolas GODEL, âgé de 31 ans, se rend à la Bresse, dans les montagnes, à 15km de chez lui. Sur le chemin, il croise Valentin PIERREL. Celui-ci insulte alors le Tabellion de sorcier. Il faut dire que l'ambiance dans la vallée est très tendue, et que depuis des années, comme nous le verrons plus bas, des affaires de sorcellerie secoue le baillage. Nicolas GODEL le prend très mal, et sans réfléchir, pour laver cet affront, sort son épée, plantant d'un seul coup le sieur PIERREL, qui meurt de sa blessure quelques heures après. Nicolas n'a donc d'autre choix que de s'enfuir pour éviter de perdre sa tête. C'est ainsi que le Tabellion Général de Lorraine se transforme en fuyard.

Vue de la vallée de Ramonchamp / ©coentenbrike

Il faut dire que Nicolas GODEL, bien que Tabellion général de Lorraine, a déjà eu affaire à la justice. Il est le fils de Nicolas GODEL le Vieux, de son vivant 8ème prêvot d'Arches et gruyer du ban de Ramonchamp.  Le gruyer est l'officier public qui gère les forêts au nom du Duc; il y règle les délits et tout ce qui touche à l'administration des eaux et forêts. Le ban de Ramonchamp étant situé à l'extrême sud du Duché, dans la forêt vosgienne, son gruyer a énormément de travail, notamment à cause de la frontière toute proche: braconnage, contre-bande... Même si ce n'est pas encore la noblesse, la famille GODEL a déjà atteint un certain niveau de richesse et est respectée dans tout le sud-vosgien. Nicolas a-t-il reçu une éducation laxiste, devenant un gamin gâté? En tout cas, les problèmes qu'il connut avec la justice sont la preuve d'un caractère bien trempé!

Un exemple, en 1624. Nicolas se promène avec son frère Deslot, quand ils croisent un certain Wolfgang PAOUR. On ne sait pas ce qui se passe, mais on peut imaginer qu'à la suite d'une remarque déplacée ou d'une insulte, Nicolas s'emporte et maltraite le pauvre Wolfgang. Les 2 frères sont condamnés à 15 francs d'amende pour s'être "jeté sur lui [Wolfgang] au visage, lui ayant même arraché une grande partie de la barbe du menton, courant à des couteaux et à des haches, disant qu'il falloit lui couper la gorge". Un charmant garçon, ce Nicolas GODEL!

Forêt du Thillot au printemps / ©joséfyot

Mais revenons au meurtre de 1625. Valentin PIERREL a donc insulté Nicolas GODEL de sorcier sur la route de la Bresse, ce qui lui vaudra un coup d'épée mortel. Pourquoi cette insulte? En fait, Nicolas GODEL revenait le jour-même de Remiremont, où avait lieu un procès de... sorcellerie.

Il faut parler du contexte. Comme on peut le voir sur la photo, l'ambiance des forêts vosgiennes peut laisser très rapidement place aux plus fertiles imaginations de l'homme. Sorcellerie, démons, petits être magiques, les lieux sont remplis de légendes de cette sorte. Chaque village, chaque hameau avait son propre surnom pour le diable. C'est ainsi qu'en Lorraine, entre la fin du XVIème et le début du XVIIème, on brûla plus de 900 personnes jugées pour sorcellerie! C'est une véritable fièvre qui secoua le Duché dans les premières années du XVIIème siècle. Rien que dans l'actuel département des Vosges, on compte près de 2700 procès de sorcellerie! Il faut dire que le Procureur général de Lorraine, nommé Nicolas Rémy, était intransigeant sur ces affaires. Il fut même surnommé le Torquemada lorrain, du nom du Grand Inquisiteur espagnol!

Nicolas GODEL trempa dans ces affaires de sorcellerie. Il avait pour servante une certaine Chrétienne PARMENTIER. (Chrétienne est l'équivalent actuel du prénom Christiane). Entre 1619 et 1621, elle est donc au service de Nicolas GODEL. Elle rapporte que dans les premiers mois, Taupin (un des nombreux surnoms du Diable dans ces lieux) lui aurait ordonné lors de sa communion, de ne pas avaler l'hostie mais de le garder en bouche, puis de le cracher à la sortie dans l'église dans la rivière. En faisant ça, elle nouait ainsi un pacte avec le Diable... Nicolas GODEL était un mauvais maître: une voisine vient témoigner qu'elle a vu Chrétienne voler des haricots dans un jardin voisin... Mais, connaissant le caractère de Nicolas GODEL, est-ce bien étonnant?
Des bruits circulent sur cette servante: on l'aurait vu avec deux autres femmes participer à des sabbats (une douzaine en 2 ans). Pire encore, un soir, Nicolas chasse sa servante, l'insultant de putain et sorcière (c'est dans le procès!). Selon lui, en gardant ses bêtes sur les hauteurs du village, elle aurait couché avec Taupin... Pour preuve, il y a un témoin l'ayant surpris dans des buissons, avec de la terre battue comme si on venait d'y danser pour le Diable...
Chassée par son maître, Chrétienne accuse alors une de ses deux amis, appellée Rémière, d'avoir empoisonner les bêtes de Nicolas! En effet, celle-ci aurait, selon Chrétienne, empoisonné des vaches déjà malade de Nicolas GODEL. Chrétienne a pour preuve une touffe de poil: ces poils viennent Remière, car pour entrer dans l'étable et empoisonner les vaches, elle s'était transformée en chat... Heureusement, Nicolas GODEL n'y croit pas. Mais son frère, Deslot (voir plus haut), en rajoute une couche en déclarant que près de 10 ans auparavant, la-dite Rémière les avait voler! Tous les habitants viennent accabler Remière des pires maux.
Un exemple: en 1623, un habitant du village surpris Remière en train de voler des poires dans ses vergers. Elle fut donc condamner à payer une amende à plusieurs personnes. Mais certains affirment qu'elle aurait jeté un sort sur l'argent de l'amende, et que tout ceux qui en boirait serait tué dans l'année... Celui qui bénéficia de l'amende paya un coup à ses frères: tous eurent un enfant mort-né dans l'année...

Tortures de sorcier(e)s en 1508

Malgré tout ceci, Remière et Chrétienne évitèrent de justesse le bûcher. Mais ce procès donne une bonne impression de l'ambiance détestable des campagnes en cette première moitié du XVIIème siècle. On voit très facilement que ces accusations de sorcellerie sont surtout des excuses pour se venger de querelles de voisins, parfois vieilles de dizaines d'années. Rémière était sans aucun doute une voleuse, mais surement pas une sorcière. Dès qu'une bête était malade, on accuse certaines personnes de sorcellerie. Les habitants de cette époque croyaient-ils vraiment à ces histoires de sortilèges et de magie? Pour mémoire, c'est exactement à la même période que Descartes pose les bases de la philosophie cartésienne en publiant le Discours de la méthode. On voit très bien le décalage total entre les villes ouvertes sur la modernité et les campagnes encore imprégnées de magie et de sorcellerie.

Entrée d'une mine de cuivre au Thillot / ©solex

L'histoire s'est plutôt bien terminée pour Nicolas GODEL. Pardonné par Charles IV en 1626, il fut même nommé contrôleur des mines du Thillot. Il s'éteint paisiblement en 1664 dans sa vallée de Ramonchamp, respecté de tous, malgré son sacré caractère. Si je parle de Nicolas GODEL ici, c'est parce-que c'est un de mes ancêtres, à la 14ème génération. C'est également le seul de mon arbre à avoir eu autant de problèmes avec la justice, tout en étant celui ayant eu le lus de responsabilités politiques à son époque!

Registres de Ramonchamp 1664 / ©AD88


PS: Un livre très intéressant, dont certains chapitres parlent justement du Ban de Ramonchamp à cette époque et où Nicolas GODEL est cité: Terre de conquêtes: la forêt vosgienne sous l'Ancien Régime, par Emmanuel GARNIER, chez Fayard



Sources:

mardi 3 avril 2012

Pèlerinage

Registre des sépultures de Ramonchamp - 1785 / © AD 88

Humbert Vaulo garçon originaire de Fougerolles agê d'environ Quinze ans
et demi fils de Jean Vaulo lorsquil vivoit manoeuvre au dit lieu et de Jeanne
Françoise Bernardin ses pere et mere est décédé à l'Etraye à huit heures
du soir le vingt cinq aoust mil sept cent quatre vingt cinq après
une maladie convulsoive de sept ou huit heures, qui a oté [...]
la connoissance cequi a fait qu'on a pû lui administré que les
sacrements de pénitence et d'extreme onction. Le lendemain son
corps a été inhumé dans le cimetière de la paroisse par moy soussigné
avec les cérémonies prescrites en présence de Deile Avé aussi
manoeuvre résidant à Fougerolle lequel accompagnoit cet
enfant dans le pelerinage de Ventron dont ils etoient de retour
et de Jean Fevet manoeuvre à l'Etraye témoins requis connus
soussignés avec moy [etc.]

Trouvé cet acte de sépulture dans les registres de Ramonchamp, un petit village aux confins des Vosges et de la Franche-Comté. Il y est question de la mort d'un enfant de 15 ans ½, décédé en août 1785 après une nuit entière de souffrance due à une maladie provoquant des convulsions: peut-être une crise d'epilepsie? Mais le mal a duré plusieurs heures!

Le jeune garçon était accompagné d'un adulte. Ils étaient originaire de Fougerolles, aujourd'hui en Haute-Saône, à une trentaine de kilomètre à l'ouest de Ramonchamp. En fait, ils n'étaient que de passage à Ramonchamp: ils étaient sur la route du retour de leur village après être allée en pélerinage à Ventron. Ventron (prononcer Vènetron) est un village se situant dans une vallée voisine de celle de Ramonchamp.

La Chapelle du Frère Joseph à Ventron

Mais quel pélerinage pouvait-il y avoir à Ventron? Il s'agit de celui du Frère Joseph. Né en 1724 dans un petit village de Haute-Saône, Pierre Joseph FORMET (de son vrai nom) est enrôlé dans l'armée à l'âge de 17 ans. Là, ses supérieurs sont surpris par sa grande dévotion, se levant au milieu de la nuit pour prier à genoux. Lorsqu'il quitte l'armée, un supérieur lui conseille de devenir ermite. C'est ce qu'il fera. Il part dans les montagnes vosgiennes, encore sauvage. Il vit dans les forêts profondes, se consacrant uniquement à Dieu. Mais les villageois du coin voient d'un mauvais oeil ce vagabond, et il part finalement dans la forêt de Ventron, où il vit au pied d'un arbre, sous des branches, mangeant des racines et passant sa journée à prier Dieu. Les habitants du village s'interroge sur cet homme qu'ils voient uniquement le dimanche à l'église, seul, ne disant rien. Finalement, ils le découvent par hasard sous son tas de branches dans la forêt, et décident de lui construire une chapelle où il pourra se consacrer à Dieu et à ses mortifications. Nous sommes en 1751.

En 1784, après 33 ans de dévotion, l'Ermite, connu désormais sous le nom de Frère Joseph, meurt. Durant tout ce temps, les gens du coin lui ont attribué des guérisons inexpliquées, voire des miracles. Par exemple, il aurait ressuscité l'enfant mort-né d'un habitant du village! C'est pourquoi, de toute la région, des paysans venaient le voir. Ce qui explique que sa mort fit grand bruit en 1784, comme le montre son acte de sépulture rédigé à Ventron.

Acte de sépulture de Frère Joseph - 1784 - Ventron / © AD 88

Revenons à notre jeune garçon de 15 ans. Il est donc mort un an seulement après la disparition du Frère Joseph. En fait, après la mort de l'Ermite, un pélerinage s'est mis en place: tous les derniers dimanche de juillet, une vaste procession à lieu à la Chapelle, sur les hauteurs de Ventron. D'ailleurs, notre garçon est décidé en août, sur le chemin du retour du pélerinage. Peut-être a-t-il participé à cette procession de fin juillet? En tout cas, cette histoire avait un rayonnement régional, puisque les 2 pélerins venaient de la province voisine, à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu de pélerinage. Ce gamin avait peut-être une maladie à guérir?

Le pélerinage existe toujours aujourd'hui. Un hôtel a été construit à côté de la chapelle, et une piste de ski domine désormais le lieu. Elle a pris le nom du Frère Joseph.


Sources:

jeudi 26 janvier 2012

Merci la Nièvre!

La Fermeté dans la Nièvre © Cassini

Une bonne nouvelle pour tout ceux ayant des ancêtres dans le département de la Nièvre: les AD ont commencé la mise en ligne des registres d'état-civil de 1791 à 1862. Jusqu'à présent n'étaient disponibles que les Tables et les Recensements. Un grand pas en attendant la mise en ligne prochaine de tous les registres paroissiaux, dans le courant de l'année 2012. C'est dur le site des AD58.

Pour ma part, j'ai pu commencer à rechercher mon unique branche nivernaise qui débute avec la naissance de mon Sosa n°46, Pierre DUMAS, le 9 septembre 1862 à la Fermeté. Il partira pour les Vosges, en pleine révolution industrielle.

Naissance de Pierre Dumas © AD 58